TRAVAILLEUSE DU SEXE ? OUI ! MAIS PAS QUE …

Le terme travailleuse du sexe est une expression générique utilisée à l’échelle internationale pour désigner les métiers ou pratiques qui mettent en scène une prestation sexuelle qui, dans la majorité des cas, est un service rendu en échange d’une compensation monétaire, plus vieux métier du monde, mais toujours aussi mal vu, insécuritaire, dénigré et conspué, métier que l’on associe même parfois à la facilité de faire de l’argent, il en est pourtant rien, mais alors quel est l’histoire qui se cache derrière ces femmes ?  Aujourd’hui, Anna, 22 ans, a décidé de nous raconter la sienne. Une jeune femme attachante, à l’histoire émouvante, qui elle l’espère en fera réfléchir plus d’un. 

« Je m’appelle Anna, j’ai 22 ans, et je suis travailleuse du sexe depuis l’âge de mes 18 ans. Depuis mon plus jeune âge j’ai toujours eu un rapport très complexe avec le sexe et plus particulièrement avec le sexe masculin en raison de viols répétés de mes 5 ans à mes 14 ans causés par un cousin germain. 

Je vous raconte, personne ne se doutait de rien, il était apprécié de toute la famille, et étant mon cousin germain j’étais amenée à le voir régulièrement, mes parents travaillaient beaucoup à cette époque, du coup ils me laissaient garder par eux, ça a débuté au moment des « siestes ». Nos familles nous mettaient dans le même lit pour dormir, et il a commencé par des petites caresses, puis ensuite avec le temps les choses ont été beaucoup plus poussées jusqu’à aller jusqu’au viol. Il avait un pouvoir de persuasion énorme sur moi, et je m’étais clairement persuadée que ce qu’il me faisait était tout à fait légitime, et que je le méritais. Malgré cette persuasion, mon état mental n’allait pas très bien, je faisais crise d’angoisse sur crise d’angoisse, j’ai été prise ensuite par des crises de trichotillomanie, ce qui est caractérisée par des arrachages récurrents des cheveux entraînant une perte de cheveux.

Un jour au collège j’ai fait une crise d’angoisse plus forte que toutes celles d’avant et l’infirmière qui me connaissait bien depuis le temps, me dit « bon maintenant Anna, il va falloir parler, il va falloir dire pourquoi une aussi jolie jeune fille peut autant être triste? » et là, ma langue s’est dénoué, cette femme m’a donner envie de me libérer de ce lourd secret qui me rongeait l’âme un peu plus chaque jour. Après avoir fini de lui avouer la cause de ma tristesse, elle a tout de suite lancé un signalement à la protection de l’enfance, j’ai eu de long mois d’examens, gynécologiques, psychologiques… J’ai porté plainte contre lui, malheureusement la justice a été beaucoup trop indulgente avec lui, puisqu’à l’heure d’aujourd’hui il est en liberté.

Une interdiction d’être dans le même périmètre que moi, une obligation de soins, et des dommages et intérêts, voilà la vengeance que la justice m’a accordée. Vous imaginez pour moi c’était inconcevable, qu’il puisse s’en sortir avec si peu, j’avais tellement de haine dans moi. C’est ce qui a fait de moi celle que je suis aujourd’hui, toute histoire a un commencement la mienne a commencé quand il a posé ses mains sur moi.

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A mes 18 ans je me suis inscrite sur un site d’escorte car je n’avais aucune estime de moi-même et mon corps n’avait pas plus de valeur qu’un simple objet à mes yeux. 

J’ai été contactée très rapidement par des hommes souvent beaucoup plus âgés que moi, mon job était de les accompagner dans divers endroits ; aux restaurants, dans des soirées privées, chez des amis… Je devais seulement faire « acte de présence », l’homme voulait simplement s’exposer avec une jolie femme plus jeune que lui.

Sur mon site d’escorte, j’avais bien stipulé que je ne souhaitais pas avoir de relations sexuelles avec mes clients, pendant bien 6 mois, je ne faisait qu’accompagner les clients dans des endroits prestigieux, forcément quand on a 18 ans cela attire et fait briller les yeux de n’importe quelle jeune fille. 

Mes revenus étaient de plus en plus mirobolants, je pouvais gagner jusqu’à 1500 € par heure. 

Puis comme on dit, l’humain est un éternel insatisfait, il en veut toujours plus, alors un jour j’en ai voulu plus, j’ai changé ma description sur mon site d’escorte, en spécifiant que je pouvais aller jusqu’à une masturbation en fin de soirée, et bien évidemment mes clients fidèles ont commencé à me payer beaucoup plus pour pouvoir bénéficier de cette finition. 

Plus les jours, les mois passaient, mon état « mental » était au plus mal, le passé reprenait toujours le contrôle sur mes pensées du présent, et j’étais partagée entre un besoin de vengeance absolue et une tristesse profonde. 

Ce boulot me confortait dans l’idée que je n’étais qu’un simple objet, une petite poupée qu’on paye une somme astronomique pour pouvoir l’avoir à un instant T, les hommes me dégoûtent de plus en plus. 

Lyon : "Pourquoi on maintient cette violence contre les travailleuses du sexe ?"
Le 2 juin est la journée internationale des travailleuses du sexe. À l’occasion de cette commémoration, un rassemblement a été organisé afin de souligner la première victoire obtenue par les travailleurs du sexe devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Puis, un jour, je ne me souviens pas comment, mais j’ai entendu parler du métier de dominatrice, au début je trouvais que c’était une histoire à dormir debout, me disant « quel homme paie pour se faire torturer? », mais la petite curieuse que je suis en a voulu avoir le cœur net, j’ai commencé à me renseigner, à lire des biographies, regarder des vidéos pornos BDSM, je suis allé jusqu’à me renseigner directement en envoyant des messages à des maîtresses, et j’étais à mille lieues de penser que j’avais mis le pied dans un milieu qui aller faire basculer le cours de ma vie. 

J’ai diffusé sur le web une annonce, proposant mes services de dominatrice sans vraiment m’imaginer que j’aurais des retours. Mais le lendemain, j’avais déjà 3 hommes qui voulaient bénéficier de mes services, j’ai donc pris rendez-vous avec un homme âgé de 45 ans, il avait réservé une chambre d’hôtel et m’avait dit de n’emmener aucun matériel qu’il prendrait avec lui tout ce qu’il me faudrait. 

Je suis donc arrivé devant cette chambre d’hôtel avec beaucoup d’incertitude, d’angoisse, d’adrénaline… En ouvrant la porte, j’ai fait connaissance d’un homme, je l’appellerait Julien, il était tout l’opposé de ce que je m’étais imaginer, Julien était tout à fait normal, bien intégré dans la société, même très bien puisqu’il était avocat, nous avons bu un verre de vin blanc, et puis m’a demandé si j’étais prête à commencer la prestation, je lui ai confirmer, sans trop savoir par là ou j’allais commencer, mais je ne voulais bien évidemment pas qu’il se rende compte que j’étais novice dans ce domaine puisque pour avoir moins de « détraqué » et de problèmes je m’étais inscrite sur le site d’annonce en tant qu’experte dans le milieu BDSM. 

J’ai donc soumis cet homme en reproduisant toutes les choses que j’avais vu sur les vidéos, la prestation a durée 1h30, et je suis reparti de cet hôtel avec une très grosse somme en poche. 

En arrivant chez moi, je me sentais bien, un sentiment de plénitude remplissait mon corps et mon esprit, je me sentais comme la reine du monde. 

C’est ce soir-là que j’ai compris, que c’était ça que je voulais faire, être Maîtresse Anna, que soumettre des hommes me faisait un bien fou et m’aider considérablement à me reconstruire. 

Pendant 2 ans, je travaillais pratiquement tous les jours, parfois plusieurs prestations par jour, et je gagnais très très bien ma vie, j’avais une adolescence complètement décalée des autres jeunes, puisque je ne me refusais rien, je pouvais partir en vacances, me payer autant de fringues que je le voulais, sortir en boîte et payer les consommations de tous mes amis… J’étais littéralement en train de vivre ma « Best Life », je vivais ma vie à 10000 Km/h ! 

J’étais la maîtresse de plusieurs soumis, que je voyais très régulièrement. Être dominatrice n’est pas toujours facile, on peut être confronté à des personnes de mauvaises intentions, et quand on rencontre un nouveau client, on a toujours l’appréhension que cela tourne mal, mais j’ai une bonne étoile qui m’a toujours protégé, car je n’ai jusqu’à l’heure d’aujourd’hui rencontrer aucun problème de ce genre. 

Aujourd’hui, je suis toujours dominatrice, et j’ai toujours des soumis, et depuis 2 mois, je me suis inscrite sur un site de Cam-girl, je fais des shows rémunérés devant ma webcam. 

Je suis pleinement heureuse, à présent, j’ai repris confiance en moi, et j’aime vraiment ce que je fais. Le pire dans ce métier reste pour moi le danger permanent de faire une mauvaise rencontre, même en prenant toutes les précautions du monde, le métier du sexe reste un métier dangereux et nous restons des « proies faciles » pour les personnes mal intentionnées.

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Ma famille n’est absolument pas au courant de ma double vie, mais je préfère les préserver autant que je le pourrais, J’arrive à concilier vie de travailleuse du sexe et vie privé, tout simplement car je ne suis pas la même personne, je me suis créer un personnage pour aller travailler c’est mon bouclier, j’ai dû m’inventer une vie. C’est comme si tous les matins pour partir au travail vous mettiez un masque sur votre visage, et que le soir en rentrant vous le retiriez, j’ai une activité professionnelle autre que dans le sexe, qui évite également tout soupçon possible …

Si il y a une chose que je pourrais ajouter c’est que dans mon cas, ce travail m’a littéralement sauver, je pense pas que je serais devenue une travailleuse du sexe sans avoir eu le même passé, chose que je ne regrette plus présent car cela a fais de moi la femme que je suis à présent, le seul petit conseil bienveillant que je pourrais donner aux jeunes femmes qui souhaiteraient se lancer dans ce domaine, c’est de bien se renseigner, d’avoir pleinement conscience de où elles mettent les pieds, d’être réellement sûre et certaine que c’est ce qu’elles veulent, et surtout protéger leur identité, il faut se créer un deuxième personnage, garder sa vie privée confidentielle afin de pouvoir éviter le plus de problèmes possible. 

Malgré le fait que je sois heureuse, je ne souhaite pas le faire toute ma vie, car en effet j’ai un désir de construire un jour une famille, mais ce n’est pas pour tout de suite, et je ne préfère pas me poser de questions, les choses suivront aux moments venus.

Pour finir si je peux modestement donner un conseil aux filles qui ont vécus ou vivent la même chose que moi, il faut absolument parler, dire les choses, se libérer, car le silence est très dévastateur, ayez le courage de parler, vous êtes des victimes et il faut qu’on vous reconnaisse comme telles.

Aujourd’hui à défaut d’être vengée par une justice laxiste, j’évacue ma vengeance par mon métier dont la domination est devenue le moyen suprême d’extérioriser la colère qui sommeille en moi. « 

Interview réalisée par Aboubacar KONTE.

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