INTERVIEW : MAIS QUE VEULENT LES DALTONS ?

Par Aboubacar KONTE

Depuis plusieurs mois, un collectif de rappeurs s’auto-intitulant les Dalton en hommage aux célèbres ennemis de Lucky Luke, enchaîne les provocations envers les forces de l’ordre. À l’origine rappeurs, ils se sont fait connaître pour leurs actions après l’incarcération de l’un des leurs (Many GT) condamné à 8 mois de prison ferme, suite à un clip contenant un rodéo sauvage sur le périphérique lyonnais, une escalade d’un mur de prison, une intrusion lors d’un match de l’Olympique Lyonnais. Mais qui sont-ils réellement ? D’où viennent-ils ? Que réclament-ils ? L’un de leurs représentants a accepté de me répondre sans concession sur leurs motivations.

Qui êtes-vous ? Pouvez-vous vous présenter ?

Alors je suis Hakim, habitant d’un des quartiers du 8e arrondissement de Lyon concerné par la ZSP. J’ai 25 ans et suis sans emploi, mais pas inactif.

Où avez-vous grandi, dans quelles conditions, quels quartiers ?

J’ai grandi dans le quartier Mermoz, je suis né là-bas, et mes parents y sont nés aussi. Mes grands-parents, arrivés d’Algérie en 1962, sont toujours restés dans ce quartier. On a toujours connu que ce quartier, c’est comme notre village. Mes oncles, mes tantes, mes sœurs, mes frères et mes cousins y vivent. On est comme dans un village.

Quelle est la condition de vie, aujourd’hui, d’un habitant du 8e arrondissement de Lyon ?

La condition de vie pour un habitant des quartiers du 8e, c’est l’impression d’être délaissé, mais pas que. Encore être délaissé, on s’en fou, on n’a pas besoin qu’on s’occupe de nous. On s’est toujours débrouillé seul. C’est la répression constante qui nous dérange et qui nous a poussés à mener cette révolte. Une révolte sans violence, mais une révolte avec des actes qui dérangent.

Quel a été votre parcours de vie, pensez-vous avoir été défavorisé à ce niveau ?

Parcours de vie assez atypique, j’ai arrêté l’école jeune et j’ai malheureusement suivi le mauvais chemin un moment, sans pour autant être un mauvais garçon, juste un mec qui a parfois fait des erreurs et de mauvais choix.

Pourquoi avoir choisi ce nom de Dalton pour mener vos actions ?

Dans l’idée, les Dalton, c’est une image métaphorique représentant ceux qui sont habitués à être pointés du doigt, emprisonnés ou mal vus, mais qui restent têtus et tentent par tous les moyens de s’en sortir face à un Lucky Luke représentant le système qui fait tout son possible pour les mettre en prison.

Vous avez commencé vos actions par un clip de rap, pensiez-vous que vous feriez autant de bruit ?

Non, pas du tout. On n’avait pas prévu tout ça. Ça a pris avec les événements qui ont fait qu’on a décidé de mener cette révolte.

Quelles sont les actions que vous menez et revendiquez étant des vôtres sur le territoire ?

On revendique toutes les actions qu’on avait annoncées auparavant. Nous annonçons toujours nos actions en avance.

Pour quelles raisons menez-vous ces actions, quel message voulez-vous faire passer ?

Le message qu’on veut faire passer, c’est « Mr le préfet, détendez-vous ». Dans les quartiers du 8e, les habitants aussi ont une vie qu’ils aimeraient réussir et rêvent aussi de tranquillité. Un rêve difficile à réaliser quand on a des policiers qui mettent la pression tous les jours sur nos quartiers.

Beaucoup parlent de la dangerosité des rodéos que vous avez pu faire, les regrettez-vous ?

On regrette d’avoir fait peur aux gens, mais on ne regrette pas les rodéos. On a promis que les rodéos sur les rues piétonnes n’auraient plus lieu. Cependant, il demeure dans les autres espaces où ils sont beaucoup moins dangereux.

Aujourd’hui, concrètement, vos actions ont-elles commencé à faire bouger les choses ?

Concrètement sur la vie du quartier non, mais ça a fait changer les choses sur la lumière qui a été mise sur nous. Beaucoup commencent à réaliser.

Vous sentez-vous soutenus par la majorité des habitants de Lyon ?

Non, nous ne sommes pas soutenus par la majorité des habitants. Beaucoup restent dans l’incompréhension, chose qu’on peut comprendre.

Ne pensez-vous pas que vos actions peuvent avoir l’effet inverse sur les jeunes de quartiers défavorisés et les stigmatiser plus qu’ils ne le sont encore ?

Peut-être, mais quel choix avions-nous ? Continuer à subir sans rien dire jusqu’à quand ?

Si UNE mesure devait être prise par les autorités de la ville de Lyon pour que vous vous arrêtiez, que demanderiez-vous ?

Que les quartiers du 8e soient représentés et qu’ils puissent parler de notre mécontentement avec le préfet, et que le préfet nous écoute et prenne en compte notre sentiment commun d’oppression face aux opérations menées par la police sous ses ordres.

Pensez-vous que les politiques peuvent encore quelque chose pour vous, ou avez-vous perdu foi en la politique française ?

On n’attend plus rien des politiques, ils peuvent évidemment, ils ont le pouvoir de changer ces choses, mais le faire, on y croit plus.

Interview réalisée par Aboubacar KONTE

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